Aujourd’hui, on entend partout que “bien manger, c’est se soigner”. Super-aliments, nutrition fonctionnelle, alimentation santé… Le discours est omniprésent. Mais au fond, est-ce vraiment une nouveauté ?
Pas vraiment. En effet, depuis l’Antiquité, le lien entre alimentation et santé est bien établi et ils étaient eux aussi obsédés par leur alimentation. Mais aussi par la santé et l’hygiène.
Au Moyen Âge, on ne mange pas “au hasard”, la nourriture est au centre de l’attention des médecins. Notamment à travers la théorie des humeurs héritée d’Hippocrate (le « père de la médecine ») et développée par Galien. Développée ici aussi: Cuisine et medecine au Moyen Âge.
Le principe est simple : le corps est gouverné par quatre humeurs (sang, bile jaune, bile noire, phlegme), et chaque aliment possède des qualités (chaud, froid, sec, humide). Dans de nombreuses cultures, on ne séparait pas l’aliment du soin. Les plantes, les épices, les préparations culinaires faisaient partie intégrante de l’équilibre du corps.
Un aliment n’est jamais “bon” ou “mauvais” en soi. Tout dépend de la personne, de la saison, de son état de santé. Mais aussi de la dose comme le dit Paracelse ici.
Les épices, d’ailleurs, ne sont pas là uniquement pour le goût. Elles ont une vraie fonction médicinale. Le gingembre, la cannelle ou le clou de girofle sont utilisés pour “réchauffer” l’organisme et faciliter la digestion.
On retrouve aussi cette logique dans les monastères, où les jardins de simples regroupent plantes médicinales et aromatiques. L’alimentation quotidienne intègre déjà ces plantes, dans une continuité entre cuisine et soin.
En Europe, avant l’essor de la médecine moderne, les savoirs populaires reposaient largement sur l’usage des plantes et de l’alimentation. Bouillons, tisanes, fermentations… tout un patrimoine culinaire pensé aussi pour soutenir l’organisme.
Alors qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ?
Ce n’est pas tant l’idée… que la manière de l’aborder.
On est passé d’une approche globale, empirique et culturelle à une approche plus segmentée, parfois très marketing. L’industrie agroalimentaire s’est emparée du sujet : compléments alimentaires, alicaments, produits enrichis… On ne mange plus seulement pour se nourrir, mais aussi pour “optimiser” sa santé.
Et c’est là que la nuance est importante.
Oui, l’alimentation joue un rôle fondamental dans notre bien-être. Mais non, elle n’a rien de magique. Une plante, un aliment, aussi intéressant soit-il, ne remplacera jamais un mode de vie global équilibré.
Finalement, la vraie question n’est peut-être pas “est-ce nouveau ?” mais plutôt : avons-nous changé notre rapport à l’alimentation ?
Autrefois, manger était un acte ancré dans le quotidien, lié au territoire, aux saisons, aux savoir-faire. Aujourd’hui, on cherche parfois des solutions rapides, standardisées, déconnectées du vivant.
Revenir à une alimentation simple, locale, de saison, riche en diversité végétale… c’est peut-être là que tout se joue.
Pas dans la nouveauté.
Mais dans le bon sens. 🌿

Nicoud, Marilyn. « Médecine et alimentation au Moyen Âge ». La juste mesure, édité par Anne Lhuissier et al., Presses universitaires François-Rabelais, 2013, https://doi.org/10.4000/books.pufr.23007.
{BNF essentiels, Aliments et médecine, Dossier : La vie quotidienne au Moyen Âge • Gastronomie médiévale https://essentiels.bnf.fr/fr/histoire/moyen-age/c801e491-2d9c-4ded-8f66-1f15f54aa7b7-vie-quotidienne-moyen-age/article/8a751b22-886c-4090-88bf-c243ef49f752-aliments-et-medecine
National Geographic, Candida Moss Publication 20 mai 2025, 09:01 CEST https://www.nationalgeographic.fr/histoire/sante-antique-nutrition-les-grecs-et-romains-antiquite-etaient-eux-aussi-obsedes-par-leur-alimentation
France culture, Épisode 2/5. Hippocrate et Galien : quel était exactement leur savoir médical ? Série : Médecine et philosophie Première diffusion le mardi 26 mars 2024 https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/avec-philosophie/hippocrate-et-galien-quel-etait-exactement-leur-savoir-medical-6062692
L’alimentation au Moyen Age https://sites.ac-nancy-metz.fr/ien57thionville/IMG/pdf/alimentation_au_ma.pdf


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