Lichens Image by Marc Pascual from Pixabay

Cueillir et manger des lichens : bonne idée ou danger ?

Quand on se promène en forêt ou sur les rochers, on les remarque à peine. Et pourtant, les lichens sont parmi les organismes les plus étonnants du vivant.

Ni vraiment plante, ni tout à fait champignon… ils sont en réalité le fruit d’une alliance.

Une symbiose unique dans le monde vivant

Un lichen est une association stable entre deux organismes :
un champignon (appelé mycosymbiote) et un partenaire photosynthétique, soit une algue, soit une cyanobactérie.

Le champignon forme la structure principale et “abrite” l’autre organisme, qui lui fournit de l’énergie grâce à la photosynthèse.

Cette collaboration leur permet de coloniser des milieux extrêmes : rochers nus, zones arctiques, déserts… là où peu d’autres formes de vie peuvent survivre.

On estime aujourd’hui qu’il existe entre 13 500 et 30 000 espèces de lichens dans le monde.

Des usages anciens entre médecine et symbolique

Historiquement, les lichens ont été utilisés selon la théorie des signatures développée par Paracelse : l’idée que l’apparence d’un organisme indique son usage thérapeutique.

C’est ainsi que le lichen pulmonaire (Lobaria pulmonaria), dont la forme évoque les poumons, a été utilisé pour traiter les affections respiratoires.

Aujourd’hui encore, cette espèce est utilisée en homéopathie sous le nom de Sticta pulmonaria, notamment pour des troubles comme le rhume ou la sinusite.

Les lichens ont aussi servi à produire des pigments naturels, extraits par exemple de Roccella tinctoria appellé l’orseille ou pourpre française.

Une ressource alimentaire… sous conditions

Les lichens sont consommés depuis longtemps dans différentes cultures, notamment en Chine, au Japon ou en Inde.

Un exemple emblématique : Umbilicaria esculenta, surnommé “oreille de pierre”, utilisé en cuisine après transformation. Il est traditionnellement mijoté avec des viandes pour en améliorer la digestibilité et la saveur.

D’un point de vue nutritionnel, certains lichens présentent une teneur en protéines intéressante (jusqu’à environ 16 %), et sont aujourd’hui étudiés comme aliments fonctionnels.

Ils contiennent également de nombreux composés bioactifs, avec des propriétés antimicrobiennes documentées pour plusieurs espèces comme Usnea barbata ou Cladonia rangiferina.

Mais leur consommation n’a pas toujours été choisie :
ils ont aussi constitué une ressource de survie lors de périodes de disette ou de famine. Dans des environnements pauvres ou en temps de crise, ils représentaient un aliment accessible, parfois l’un des seuls disponibles.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, certaines espèces comme Cetraria islandica ont même été utilisées comme source alimentaire de substitution.

Attention : tous les lichens ne sont pas comestibles

C’est un point essentiel.

Certains lichens contiennent des substances toxiques, comme l’acide vulpinique. D’autres peuvent provoquer des réactions allergiques, notamment cutanées ou photoallergiques.

Par ailleurs, certaines populations (comme les femmes enceintes ou les personnes fragiles sur le plan digestif) doivent faire preuve d’une grande prudence.

👉 Autrement dit : l’identification rigoureuse est indispensable, et la consommation ne s’improvise pas.

Un potentiel encore largement inexploité

Aujourd’hui, les lichens suscitent un intérêt croissant en recherche scientifique.

Ils représentent un réservoir prometteur de molécules bioactives, avec des applications potentielles en alimentation, en pharmacologie ou encore en cosmétique.

Dans un contexte de recherche de nouvelles ressources durables et biocompatibles, ils pourraient bien jouer un rôle important dans les années à venir.

En conclusion

Les lichens sont bien plus que de simples “mousses” accrochées aux arbres.

Ce sont des organismes complexes, issus d’une coopération entre espèces, capables de s’adapter à des conditions extrêmes… et porteurs d’un potentiel encore largement méconnu.

Mais comme souvent avec le vivant, leur richesse s’accompagne d’une exigence : observer, comprendre… et surtout respecter.

Lichens Image by Marc Pascual from Pixabay

Références sources :

Cet article a été rédigé à partir d’une analyse de la littérature scientifique spécialisée sur les lichens, notamment les travaux cités ci-dessous.

Gayathri Rethinavelu, Lavanya Manoharan, Srinivasan Krishnamoorthy, N. Baskaran, Vignesh Sivanandham, Edible lichens and its unique bioactives: A review of its pharmacological and food applications, Food and Humanity, Volume 1, 2023, Pages 1598-1609.

Zhao Y. S., Wang M. F., Xu B. J., A comprehensive review on secondary metabolites and health-promoting effects of edible lichen, J. Funct. Foods 80, 2021.

Bauri AK, Dionicio IC, Arellano ES, Jeyaraj JG, Foro S, Carcache de Blanco EJ. A New Rare Halogenated Depside from Lichen and Study of its Anti-Proliferative Activity. Chem Biodivers. 2024 Jun;21


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