L’amarante : un légume-feuille méconnu aux qualités nutritionnelles exceptionnelles

Quand on parle d’amarante, on pense souvent à ses graines, parfois utilisées comme pseudo-céréale. Pourtant, les feuilles de nombreuses espèces d’amarante constituent également un légume particulièrement intéressant sur le plan nutritionnel. Consommées depuis des siècles dans de nombreuses régions du monde, elles pourraient contribuer à améliorer la qualité de notre alimentation grâce à leur richesse en protéines, minéraux, vitamines et composés antioxydants.

Une étude récente menée au Nigéria s’est intéressée à cinq espèces d’amarante : Amaranthus cruentus, A. spinosus, A. dubius, A. hypochondriacus et A. tricolor. Les chercheurs ont comparé leur composition nutritionnelle afin d’identifier les espèces les plus intéressantes pour l’alimentation humaine.

Salade d’Amaranthus reflexosus

Pourquoi s’intéresser aux amarantes ?

Dans de nombreux pays, les carences en micronutriments représentent encore un véritable enjeu de santé publique. Le manque de fer, de zinc, de calcium ou de vitamines affecte des millions de personnes et peut entraîner fatigue, retard de croissance, baisse des défenses immunitaires ou troubles cognitifs.

Les légumes-feuilles jouent un rôle essentiel dans la prévention de ces carences. Parmi eux, les amarantes se distinguent par plusieurs atouts :

  • une croissance très rapide ;
  • une forte production de biomasse ;
  • une bonne résistance à la chaleur et à la sécheresse ;
  • une richesse nutritionnelle remarquable.

Ces caractéristiques en font des cultures particulièrement intéressantes dans un contexte de changement climatique et de recherche d’une alimentation plus durable.

Des feuilles riches en protéines et en fibres

L’étude révèle que les feuilles des différentes espèces d’amarante contiennent entre 2,83 % et 4,65 % de protéines fraîches.

Pour un légume-feuille, cette teneur est relativement élevée. Les protéines végétales participent à la construction et au renouvellement des tissus de l’organisme et contribuent à la sensation de satiété.

Les chercheurs ont également observé des teneurs en fibres comprises entre 2,50 % et 4,25 %. Les fibres alimentaires favorisent le bon fonctionnement du système digestif, nourrissent le microbiote intestinal et participent à la régulation de la glycémie.

Une excellente source de minéraux

Les différences entre espèces sont particulièrement marquées concernant les minéraux.

Amaranthus dubius se distingue par ses concentrations élevées en :

  • calcium : 3,19 mg/g de matière fraîche ;
  • fer : 0,419 mg/g de matière fraîche.

Le calcium intervient dans la santé osseuse, la contraction musculaire et la transmission nerveuse. Quant au fer, il joue un rôle central dans le transport de l’oxygène et la prévention de certaines formes d’anémie.

De son côté, Amaranthus hypochondriacus présente la teneur la plus élevée en zinc. Cet oligo-élément participe notamment au fonctionnement du système immunitaire, à la cicatrisation et à la synthèse de nombreuses enzymes.

Une richesse remarquable en vitamines

Parmi les cinq espèces étudiées, Amaranthus tricolor apparaît comme la plus intéressante sur le plan vitaminique.

Elle possède les concentrations les plus élevées en :

  • β-carotène (précurseur de la vitamine A) ;
  • folates (vitamine B9).

Le β-carotène contribue à la santé de la peau, des muqueuses et de la vision. Les folates sont indispensables à la synthèse de l’ADN et jouent un rôle particulièrement important pendant la grossesse.

Des composés antioxydants protecteurs

L’étude a également mesuré les teneurs en composés phénoliques et en flavonoïdes, deux grandes familles de molécules antioxydantes naturellement produites par les plantes.

Ces substances participent à la protection des cellules contre le stress oxydatif, impliqué dans le vieillissement et dans le développement de nombreuses maladies chroniques.

Une nouvelle fois, Amaranthus dubius se démarque avec les concentrations les plus élevées :

  • composés phénoliques : jusqu’à 4,67 mg équivalent acide gallique/g ;
  • flavonoïdes : jusqu’à 3,99 mg équivalent quercétine/g.

Les chercheurs ont d’ailleurs observé une forte corrélation entre la teneur en composés phénoliques et celle en flavonoïdes, suggérant que ces deux groupes de molécules évoluent souvent de concert.

Toutes les amarantes ne se valent pas

L’une des conclusions les plus intéressantes de cette étude est la forte variabilité nutritionnelle observée entre les espèces.

L’analyse statistique montre que :

  • Amaranthus dubius est particulièrement associé aux minéraux et aux composés antioxydants ;
  • Amaranthus tricolor se distingue par sa richesse en vitamines ;
  • Amaranthus hypochondriacus présente les meilleures teneurs en zinc.

Ces résultats soulignent l’intérêt de préserver et de valoriser la diversité des espèces plutôt que de se concentrer sur une seule variété.

Une plante d’avenir pour une alimentation plus résiliente

Au-delà de leur intérêt nutritionnel, les amarantes possèdent des qualités agronomiques particulièrement adaptées aux défis actuels.

Leur capacité à supporter des températures élevées, des épisodes de sécheresse et des conditions de culture parfois difficiles en fait des candidates sérieuses pour renforcer la sécurité alimentaire dans de nombreuses régions du monde.

Elles pourraient également trouver leur place dans les jardins des particuliers, les fermes maraîchères diversifiées et les systèmes de production agroécologiques.

Ce qu’il faut retenir

Les feuilles d’amarante constituent un véritable concentré de nutriments. Selon l’espèce, elles peuvent être particulièrement riches en protéines, fibres, fer, calcium, zinc, β-carotène, folates et composés antioxydants.

L’étude nigériane met en évidence le potentiel remarquable de ces légumes-feuilles encore trop peu connus en Europe. Parmi les espèces étudiées, Amaranthus dubius apparaît comme la plus intéressante pour son apport en minéraux et en antioxydants, tandis que Amaranthus tricolor se distingue par sa richesse en vitamines.

Une raison supplémentaire de redécouvrir ces plantes anciennes qui pourraient bien jouer un rôle important dans l’alimentation durable de demain.

Source :

Bernadette Hegnonamede Boyiako, Nadia Fanou-Fogny, Folush David-Abraham, Catherine V. Nnamani, Francisca Ijeoma Obasi-Onuoha,Nutritional composition and multivariate characterization of five Amaranthus species grown under uniform conditions in southeastern Nigeria, Journal of Food Composition and Analysis, 2026.


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