Au Moyen Âge, le jardin n’est jamais décoratif au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Il est avant tout vivrier, médicinal, symbolique et spirituel.
Chaque espace est pensé pour répondre à un besoin fondamental : se nourrir, se soigner, transmettre des savoirs ou honorer les morts. À travers les jardins médiévaux, c’est toute une vision du monde végétal qui se dévoile.
Parmi ces jardins, certains nous parlent encore très directement… surtout si l’on s’intéresse aux plantes sauvages et aux usages populaires !
Commençons par le jardin des potherbes. Le mot vient de pot, la marmite.
Les potherbes sont donc les feuilles et racines destinées à être cuites, entrant dans la composition des potages, qui constituent l’un des piliers de l’alimentation médiévale.
On parle parfois des « six potages », base quotidienne du repas. On y cultive des plantes rustiques, nourrissantes, faciles à produire : le chou, la bette, le panais, l’ache des montagnes (liveche ou celeri perpetuel)…
Ce jardin est celui du quotidien, de la subsistance, mais aussi de la connaissance fine des plantes feuillues, souvent proches de celles que l’on retrouve encore aujourd’hui à l’état sauvage.
Les potherbes incarnent une cuisine simple, locale, profondément végétale, où la frontière entre plante cultivée et plante spontanée est poreuse.
Un peu à l’écart, mais tout aussi essentiel, se trouve le verger-cimetière. Cet espace associe les arbres fruitiers à la mémoire des défunts. Pommiers, poiriers, pruniers, cormiers, néfliers, figuiers, cognassiers y côtoient les tombes. Le fruit nourrit les vivants, tandis que l’arbre inscrit le temps long, la continuité entre les générations. On est ici dans un jardin hautement symbolique, où la nourriture et la mort ne s’opposent pas mais dialoguent. Le végétal devient médiateur entre le monde terrestre et le monde spirituel.
Au cœur des abbayes et des lieux de soins se trouve l’herbularius, aussi appelé jardin des Simples. C’est le jardin médicinal par excellence, généralement clos, jouxtant l’infirmerie.
Les sources médiévales nous apprennent que 14 espèces y étaient cultivées de manière récurrente.
Parmi elles, une plante retient particulièrement l’attention : la rue. Présente dans tous les jardins monastiques, elle est utilisée pour ses propriétés médicinales, selon certaines sources. Mais aussi pour repousser les parasites et assainir la couche. Autour d’elle poussent différentes menthes (dont le pouliot, déjà bien distingué depuis l’Antiquité), la menthe-coq, la sauge, le fenouil, la livèche, le cumin, le romarin, le fenugrec, … Mais aussi des plantes à forte charge symbolique comme l’iris, le lis et la rose.
Ce jardin est un lieu de savoir, d’observation et de transmission. Il marque une étape fondamentale dans l’histoire de la botanique : on y cultive, on y nomme, on y classe. C’est d’ailleurs de ces jardins des Simples que naîtront, plusieurs siècles plus tard, les jardins botaniques modernes. Pensés non plus seulement pour soigner, mais aussi pour étudier, comparer et comprendre le monde végétal.
Comme le souligne Michel Botineau dans son article Du Jardin des Simples médiéval vers les Jardins Botaniques actuels (Le Journal de Botanique, 2019), ces espaces ont posé les bases d’une relation scientifique au végétal, sans jamais rompre totalement avec les usages populaires et empiriques.
Finalement, les jardins médiévaux nous rappellent une chose essentielle : Les plantes étaient partout, dans l’assiette, dans les soins, dans les rites, dans la mémoire. Les potherbes, en particulier, nous reconnectent à une cuisine humble et profondément végétale, où le sauvage et le cultivé dialoguent sans hiérarchie.
Et si redécouvrir ces jardins, aujourd’hui, c’était aussi réapprendre à regarder autrement les plantes qui poussent à nos pieds ?



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